5 août 1850 : naissance de Maupassant, l’enfant des falaises

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Où naît exactement Guy de Maupassant le 5 août 1850 ? Au château de Miromesnil, près de Dieppe, répond l’acte d’état civil. À Fécamp, dans la maison de sa grand-mère, chuchotait une rumeur tenace que des érudits locaux ont entretenue pendant un siècle, la mère de l’écrivain, Laure, aurait loué le château pour offrir à son fils une naissance plus décorative. La querelle, aujourd’hui tranchée en faveur de Miromesnil, a quelque chose de savoureux : le plus normand des écrivains français commence sa vie par une histoire de paysans et de châtelains où l’on ne sait plus qui trompe qui. Un vrai conte de Maupassant.

L’enfance, elle, ne fait aucun doute : c’est Étretat, où sa mère s’installe après sa séparation d’avec un mari volage. Le gamin y pousse en liberté, parle cauchois avec les pêcheurs, sort en mer, découvre les femmes et la falaise. Toute son Å“uvre sortira de là, les paysans madrés, les filles de ferme, les bourgeois de Rouen, la mer grise. Et d’une rencontre : Gustave Flaubert, ami d’enfance de sa mère, qui prend le jeune homme sous sa coupe à Paris et lui impose sept ans d’apprentissage impitoyable. Pas une publication sérieuse avant d’être prêt ; des exercices, des corrections, des dimanches entiers rue Murillo à se faire étriller. « C’est peut-être un homme de talent », concède l’ermite de Croisset, qui ne prodigue pas le compliment.

Treize ans, trois cents contes

La rampe de lancement s’appelle Boule de Suif. Quand la nouvelle paraît en avril 1880 dans un recueil collectif d’inspiration naturaliste, Les Soirées de Médan, Flaubert exulte : il tient le récit de son élève pour un chef-d’Å“uvre « qui restera ». Il meurt un mois plus tard, comme si sa tâche était accomplie. Et Maupassant, petit fonctionnaire ministériel de vingt-neuf ans, devient en quelques mois l’écrivain le mieux payé de Paris.

Suit alors l’une des décennies les plus productives de la littérature française : environ trois cents contes et nouvelles, six romans, Une vie, Bel-Ami, Pierre et Jean, Fort comme la mort, des milliers d’articles, des récits de voyage. Le tout mené grand train : les journaux qui s’arrachent sa copie, les canotages sur la Seine, les femmes en nombre, un yacht baptisé Bel-Ami, une avidité de vivre que ses amis trouvent inquiétante. Car l’ombre grandit en proportion. La syphilis, contractée à vingt ans, ronge son système nerveux ; les migraines deviennent hallucinations, et l’angoisse passe dans les récits fantastiques, Le Horla, en 1887, où un homme se sent dépossédé de lui-même par une créature invisible, se lit comme le journal clinique d’une raison qui se sait perdue. Dans la nuit du 1er janvier 1892, à Cannes, Maupassant tente de se trancher la gorge. Interné à Passy chez le docteur Blanche, il s’éteint dix-huit mois plus tard, à quarante-deux ans, et repose au cimetière du Montparnasse. « J’ai tout convoité et je n’ai joui de rien », avait-il écrit.

L’itinéraire Maupassant en pays de Caux

La Normandie de Maupassant se parcourt en une journée de côte d’Albâtre, et c’est l’une des plus belles virées littéraires de France. Le château de Miromesnil (Tourville-sur-Arques), demeure des marquis dont un certain Hue de Miromesnil, garde des Sceaux de Louis XVI, se visite avec son potager remarquable et sa chambre natale de l’écrivain. À Étretat, on monte aux falaises d’Amont et d’Aval que l’écrivain comparait à un éléphant plongeant sa trompe dans la mer, avant de chercher la villa La Guillette, qu’il fit construire en 1883 dans un clos de la route de Criquetot ; les jardins d’Étretat, en surplomb, offrent la plus belle vue sur l’aiguille creuse. À Fécamp, patrie de sa mère et décor d’Une vie, le palais Bénédictine et le port de pêche restituent la Normandie âpre de ses contes. On peut finir à Rouen, ville de Bel-Ami naissant et de Flaubert, dont le musée vient de rouvrir dans l’Hôtel-Dieu où le maître naquit.

En librairie, tout Maupassant tient en deux volumes de la Pléiade pour les contes, mais on peut commencer petit : Boule de Suif, Le Horla et Bel-Ami suffisent à comprendre pourquoi Tolstoï le tenait pour le plus grand nouvelliste depuis Tchekhov, qu’il n’avait d’ailleurs pas lu.

Julien Juchereau
Julien Juchereau
Julien Juchereau écrit sur l'histoire de France et son patrimoine, avec une conviction simple : une cathédrale, un donjon ou un alignement de menhirs racontent toujours mieux le passé qu'un manuel scolaire. Des rois francs aux bâtisseurs du gothique, des voies romaines de Provence aux plages du Débarquement, il aime remonter le fil des lieux et des destins qui ont façonné le pays. Ici, pas de dates récitées : des récits, du contexte, et de quoi préparer sa prochaine visite. Quand il n'écrit pas, il arpente — carnet en poche et, si possible, hors saison : les monuments sont toujours plus beaux sans la foule.

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