L’oppidum de Corent rouvre ses fouilles : la capitale des Arvernes livre le fonctionnement d’une cité gauloise

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Sur un plateau volcanique dominant l’Allier, à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand, des dizaines de jeunes gens passent l’été à genoux dans la terre. Truelle en main, ils dégagent les rues, les maisons et les temples d’une ville que l’on croyait à jamais perdue. Cet été encore, les fouilles de l’oppidum de Corent ont repris, et chaque saison ajoute une pièce au portrait d’une civilisation longtemps caricaturée : celle des Gaulois.

Car Corent n’est pas un village de huttes. C’est une capitale.

Les fouilles reprennent sur le plateau

Depuis le 20 juillet 2026, l’équipe de l’archéologue Matthieu Poux, professeur à l’université Lumière-Lyon 2, a rouvert le chantier sous l’égide du laboratoire LUERN, entourée de nombreux jeunes archéologues en formation. Le public n’est pas oublié : des visites guidées du site sont proposées à partir du 1er août. Fouiller Corent est devenu un rendez-vous scientifique et populaire, l’un des plus féconds de l’archéologie gauloise.

Le travail se poursuit ici sans interruption majeure depuis 2001. Vingt-cinq ans de campagnes patientes qui ont transformé un plateau réputé désert en l’un des sites de référence pour comprendre la Gaule d’avant Rome.

La capitale oubliée des Arvernes

Corent fut la capitale des Arvernes, le puissant peuple dont sortira Vercingétorix, avant que ce rôle ne passe à Gergovie. Son âge d’or se situe à la fin de l’âge du fer, entre environ 120 et 50 avant notre ère, juste avant la guerre des Gaules. Les fouilles ont même retrouvé la trace des grands banquets et distributions organisés par des rois arvernes comme Luernios et Bituitos, dont les auteurs antiques vantaient la munificence.

Le site occupe le flanc oriental du puy de Corent, sur la rive gauche de l’Allier. Position idéale : une hauteur défendable, un fleuve pour le commerce, des terres fertiles alentour. Tout ce qu’il faut pour bâtir une ville.

Une ville gauloise, pas un village

Ce que Corent a livré bouscule l’image d’Épinal du Gaulois rustique. Les archéologues y ont dégagé un vaste sanctuaire, un bâtiment d’assemblée à gradins de bois d’environ 20 mètres de diamètre, proche des lieux de délibération grecs, ainsi que des rues organisées et de grands silos à grain mis au jour en 2015. En 2009, un trophée gaulois, fait d’umbos de boucliers et d’une cotte de mailles, avait déjà signalé l’importance guerrière du lieu.

Surtout, les fouilles ont retrouvé quantité d’amphores de vin italien. Preuve que, bien avant la conquête, cette cité commerçait avec le monde méditerranéen et importait le vin de Rome par tonneaux. Corent n’était pas au bout du monde. Elle était sur une route.

2024 : la preuve de l’atelier monétaire

La découverte la plus décisive est récente. Au cours de l’été 2024, en plein centre de l’oppidum, les archéologues ont mis au jour les indices d’un atelier monétaire : un poinçon, des chapelets de flans, des fragments de coins et une petite plaque de plomb. Autrement dit, Corent frappait sa propre monnaie.

Cette trouvaille change tout. Battre monnaie, dans le monde antique, est un attribut du pouvoir. Elle confirme que Corent était bien la capitale des Arvernes, le centre politique et économique d’un peuple assez organisé pour émettre ses propres pièces. La ville des banquets était aussi la ville de l’argent.

Ce que Corent change à notre regard

Chaque été de fouilles répète la même leçon : la Gaule n’était pas une terre de tribus isolées, mais un monde de villes, de commerce et d’institutions. Corent dessine une société proto-urbaine, planifiée, romanisée en partie avant même l’arrivée des légions.

Voilà pourquoi ce chantier compte bien au-delà de l’Auvergne. Il rend à nos ancêtres gaulois une dignité que les manuels leur avaient longtemps refusée, et il le fait pierre après pierre, monnaie après monnaie, sous les mains d’étudiants qui déterrent, sans toujours le savoir, un morceau de l’identité française. Le sol de Corent n’a pas fini de parler.

Julien Juchereau
Julien Juchereau
Julien Juchereau écrit sur l'histoire de France et son patrimoine, avec une conviction simple : une cathédrale, un donjon ou un alignement de menhirs racontent toujours mieux le passé qu'un manuel scolaire. Des rois francs aux bâtisseurs du gothique, des voies romaines de Provence aux plages du Débarquement, il aime remonter le fil des lieux et des destins qui ont façonné le pays. Ici, pas de dates récitées : des récits, du contexte, et de quoi préparer sa prochaine visite. Quand il n'écrit pas, il arpente — carnet en poche et, si possible, hors saison : les monuments sont toujours plus beaux sans la foule.

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